L'appel des éléphants

Je suis véritablement tombée amoureuse de la Thaïlande. Au premier abord, ce pays semble très peuplé et pollué. Mais en fait, sa magie se révèle après avoir fait plusieurs heures de route. Les immeubles abandonnés laissent peu à peu place à une nature sauvage, dense, et très riche, qui vous enveloppe par sa beauté et sa puissance. Je me suis vue, le nez collé au carreau, à observer cette magie défiler devant mes yeux. La nature est si belle … comment avons-nous pu oublier sa       beauté ?

Chante alors en moi cette phrase d’Abigail Alling : « La planète n’a pas besoin d’être sauvée. Elle a besoin d’être aimée ». C’est tellement évident. Surprise par cette beauté, par cet amour qui émane de ces paysages, tous plus grandioses les uns que les autres, je ne peux renvoyer que le respect, et l’écoute attentive à ce qu’il pourrait m’être dit.

Je trouve alors dommage qu’il me faille aller aussi loin pour me rappeler de cette beauté qui nous entoure. Oui, la beauté est partout, tout autour de nous. Et ce, à chaque instant. Que ce soit dans cette simple goutte d’eau qui nous reflète les rayons du soleil, ou ces plages sans fin, qui nous plongent dans un horizon parfait.

Ce début de voyage me rappelle que le mental est ce qui vient nous couper de la vie. Et que, si je veux profiter pleinement de ces instants qui se profilent, j’ai tout intérêt à rester reliée au moment présent.

Mon histoire avec ce pays a débuté l’année dernière. Les éléphants m’avaient appelé, alors que j’étais en pleine recherche de qui j’étais réellement. Je commençais tout juste à comprendre que mon chemin serait lié à cet échange subtil avec les animaux, et sans trop comprendre pourquoi, j’ai foncé. Il fallait que je me rende physiquement auprès d’eux, pour être enseignée de leurs énergies.

Et ce que je comprends aujourd’hui, c’est qu’il était véritablement important pour moi d’aller aussi loin, pour recevoir l’enseignement qu’ils m’ont offert. Il a fallu que je traverse mes peurs pour y répondre. Et cette traversée m’a fait grandir. Ils m’ont fait sentir le lien entre mes limites spatiales et mentales. En effet, aller à l’autre bout du monde pour rencontrer des éléphants, c’est oser sortir de sa zone de confort, pour exploser toutes ces limites mentales qui se sont construites depuis que l’on est enfant.

Le voyage

Avant de rencontrer les éléphants d’Asie, je visite toujours le pays. Et pour moi, c’est devenu essentiel : les thaïlandais, font partie intégrante de l’enseignement que je viens chercher auprès de ces animaux. Par leur présence, leur sourire, leur calme, par ce lien sacré qu’ils entretiennent à Bouddha, ils m’offrent un parfait miroir sur notre mode de vie.

Imaginez : vous entrez dans un petit restaurant, et les enfants sont là. Ils jouent à côté de votre table, et rythment votre repas par leurs rires. En face, une femme part avec son enfant dans les bras, et laisse son magasin ouvert en toute confiance. Et les chiens sont couchés, au bord du trottoir, écrasés par la chaleur du soleil. La vie est là, elle circule à chaque coin de rue. Dans un naturel et une humanité qui me surprend, et qui m’aide à oser devenir un peu plus moi-même…

Quel bonheur de traverser ce paysage avec cette conscience. Inspirer et expirer dans cette richesse humaine qui fait vibrer toutes mes cellules. Qui me permet d’être pleinement, et ainsi, me permet de profiter de la puissance du lieu.

La Thaïlande que j’ai pu voir est très montagneuse. Et c’est une chance que mon chemin soit entouré de ces montagnes. Je me sens vraiment liée à elles. Je ne sais pas pourquoi, mais je sens un lien ancestral qui m’y relie. Et j’avance dans ce

paysage persuadée qu’elles m’enseignent, elles aussi, un savoir dont je n’ai pas encore réellement conscience, et qui me prépare à la rencontre.

Les jours passent, et les retrouvailles approchent. Je regarde amusée l’enchaînement des événements. C’est comme si, chaque expérience, chaque humain que j’ai pu rencontrer durant ce voyage, avait été là pour me préparer à cette rencontre que j’attends avec grande impatience. Les synchronicités sont là, et les problèmes qui ont pu survenir étaient simplement des illusions. Des illusions qui nous rappellent à chaque instant qu’il faut avoir confiance en la vie, parce que nous ne sommes pas seuls.

Et, à vrai dire, depuis que j’ai répondu oui à l’appel de ces éléphants, je sais qu’ils sont là, derrière moi, à veiller chacun de mes pas. Conscients de qui je suis, et du chemin que je choisis de prendre

La rencontre

Les rencontres sont toujours une évidence. Des retrouvailles. Ils font partie de moi, et je fais partie d’eux. A chaque fois que je croise leurs regards, je sens que nous sommes liés par la vie, et que nous agissons dans le même but.

Beaucoup parle de mission de vie. Comme s’il y avait une mission pour chaque personne. Mais cette question me vient en écrivant ces mots. Et si, au fond, nous étions tous là pour les mêmes raisons ?

Mon cheval, un jour, me faisait sentir qu’il était temps pour l’humain qu’il se relie de nouveau à son cœur, et qu’il reprenne son rôle de gardien de la terre. Et, à vrai dire, c’est exactement ce que je ressens quand je croise le regard d’un éléphant. Il sait parfaitement quel rôle il est venu jouer sur cette terre. Et il sait, que le plus important aujourd’hui, c’est que l’humain libère peu à peu son cœur pour qu’il se rappelle que lui aussi est terrien.

Il est pour moi impossible de partager tout ce qu’ils ont pu m’apprendre et m’enseigner. La plupart des informations sont là, sous forme de ressentis. Parfois, je sentais quelque chose, mais aucun mot ne pouvait être posé sur l’expérience. Mais eux le savaient, et nourrissaient mon champ de conscience pour qu’il puisse un jour s’ouvrir un peu plus.

A leurs côtés, nous sommes bien loin des attentes du mental, qui cherche des vérifications, une logique, à être conscient de ce qu’il se passe à chaque instant. Ici, les éléphants nous apprennent à faire l’inverse, à se satisfaire de la conscience qu’il se passe quelque chose. Et avoir pleinement confiance dans cet échange d’informations. C’est parfois déroutant : on pleure sans savoir pourquoi, on s’endort

sans aucune raison apparente. Mais le plus important, et cela fait partie de leur enseignement, n’est pas de savoir ce qu’il se passe. C’est simplement de faire confiance à la vie et en cet échange. Parce qu’eux savent. Et qu’il est temps pour nous de nous détacher de ce contrôle que l’on a tant chercher à avoir, et de nous en remettre enfin pleinement à eux. Parce qu’ils se rappellent, et parce qu’ils détiennent les clés de notre évolution.

Je me suis vue changer, me transformer au fil des jours. Ils m’ont enseigné sur la colère, sur la notion de centre, sur la dimension sacrée de l’être. Et sur la véritable mission de l’être humain. Ils m’ont souligné l’importance, pour nous, humains, de nous rappeler du rôle que nous sommes venus jouer ici. Et de ne pas perdre de temps, à remplir pleinement ce rôle. Car la vie a besoin de nous. Car la vie a besoin que l’on se rappelle que nous sommes sacrés, et que nous ne sommes pas ce jeu mental auquel on nous a longtemps identifié.

L'effet miroir

Avec le recul de ces deux semaines passées auprès des éléphants d’Asie, je comprends pourquoi il m’était nécessaire de les rencontrer. Finalement, nous avons les mêmes blessures. Les éléphants d’Asie sont dissociés lorsqu’ils sont éléphanteaux. Ils sont séparés de leurs mères, attachés, et frappés jusqu’à temps que leur conscience décide de se détacher de leur âme.

Face à cette connaissance, l’humain peut alors adopter deux positions. La première, celle qui serait d’haïr l’être humain pour ce qu’il peut faire. De plaindre ces éléphants, et de ne plus jamais vouloir retourner dans de tels endroits. Et la deuxième, celle qui nous pousse à comprendre que, ce qui est à l’origine de tels actes, est cette même dissociation.

Les humains sont eux aussi dissociés dès leur plus jeune âge. Cela peut passer par des blessures physiques, ou psychologiques. Et sans même avoir à passer par là, le simple poids de la société suffit à ce qu’au fil des années, nous oublions peu à peu qui nous sommes.

Alors, nous devenons comme ces éléphants qui passent leurs journées entières à être attachés, et à porter des touristes sur leur dos. Nous sommes enfermés à l’intérieur de nous-mêmes, sans même nous rendre compte de cette blessure qui nous

gouverne. Car on nous a fait croire que nous étions tout petit, et nous subsistons dans cette croyance …

Ainsi, aujourd’hui, je comprends pourquoi de tels endroits existent encore. Pourquoi des éléphants sont en cet instant même, encore attachés à leurs arbres, à se balancer de droite à gauche. Parce qu’ils sont là pour nous renvoyer le modèle dans lequel nous acceptons de vivre. Et réagir avec colère, c’est être inconsciemment en colère contre nos propres chaînes qui nous retiennent, et dans lesquelles on demeure.

J’aime y penser en conscience, en me disant qu’un jour, l’humain n’aura plus besoin de rencontrer de tels endroits, car ses propres chaines lui seront devenues insupportables, et le cœur ouvert, il saura redonner sa véritable place à l’animal. Et ainsi, il saura reconnaître sa véritable puissance. Celle qui est déjà là, à l’intérieur de lui.

J’avais moi-même besoin de guérir de mes propres chaînes, qui m’entouraient et me limitaient. J’avais moi-même besoin de me rendre compte du système dans lequel j’étais prise, pour ne plus l’accepter et en sortir. Et sans ce miroir, choquant, je n’aurais jamais pu m’en rendre compte.

Alors, je remercie profondément ces éléphants qui se sont incarnés pour nous refléter nos propres blessures, et qui attendent, avec une infinie patience, que nous choisissions le chemin de l’ouverture et de la guérison…

Le cadeau

Aujourd’hui, rentrée en France, je garde en moi la force que m’ont offert ces éléphants.En fait, si on regarde bien, ce sont les chaînes physiques qui les retiennent. Parce qu’intérieurement, ils sont libres. Et le jour où celles-ci s’envolent, ils n’hésitent pas une seule seconde à retrouver leur liberté.

Alors, si le miroir est valable dans un sens, il est bien évidemment valable dans l’autre. Face à cette compréhension, on se heurte à un choix : continuer de croire que nous sommes enchaînés à ces liens du passé, ou reprendre notre place et recontacter cette force qu’il y a au fond de nous. C’est ce deuxième choix que m’ont fait prendre les éléphants. Cesser d’être un bourreau pour moi-même, et enfin me rendre la liberté avec laquelle je me suis incarnée.

Ils m’ont donné cette force, qui me pousse à saisir le moindre instant de liberté, pour toucher cet état d’ataraxie. Parce que nous sommes libres, parce que nous pouvons nous rappeler de qui nous sommes réellement. Parce que nous sommes légitimes d’incarner notre propre puissance sur cette terre … A nous de faire ce choix, pour nous, pour eux, pour la vie.

Cette liberté m’ouvre une nouvelle porte. Effectivement, la vie m’appelle ailleurs, et comme pour me récompenser de m’être libérée de toutes ces chaînes, elle me demande de traverser le monde pour partir à la rencontre des éléphants d’Afrique. Qui prendront la suite de ces enseignements reçus.

Je vais pouvoir rencontrer cet animal sauvage, et poursuivre cette quête profonde qui me porte tant : qui est de savoir, qui est véritablement l’être humain. Je vais pouvoir le laisser m’enseigner par sa puissance, par sa force. Je vais pouvoir le laisser ajouter sa pierre à ce nouvel édifice que je suis en train de construire à l’intérieur de moi. Le laisser me relier un peu plus à cette dimension sacrée de la vie, pour qu’à mon tour, je puisse le transmettre aux autres humains …

Je remercie profondément les éléphants, le Ganeshapark, et l’association Wassanna pour m’avoir permis de vivre une telle expérience.